Le soufle chaud des naseaux de mon Focke Wulf épaissit l'atmosphère, et réchauffe le coeur. Tout est prêt et il faut y retourner. Se la sortie de la veille, seul le Lt. Crow et moi-même sommes rentrés, après avoir lutté à la verticale d'Ecouche. L'escarmouche a duré quelques minutes, et nous avons réussi quand même à en descendre quelques uns. Il fallait pourtant bien que nous réagissions, dans cette brume matinale et ce soleil timide. Peu d'appareils étaient en état de voler, en ce 31 Juillet... (oui, bon...)
Un G14 de recco était déjà parti depuis quelques minutes, avec à son bord, un jeune pilote breveté, l'Obergefreiter Bornos. Une attaque sur les renforts alliés était prévue, et devait être menée par 4 FW190 F8, spécialement équipés. L'Oberst Touch ayant eu un problème electique au décollage, il du renoncer à la mission, et c'est l'Hauptmann Edwald qui lui succèda à la tête de la formation. À ses cotés, le Feldwebel Jo et l'Obergefreiter Detlef. Un pilote dont j'ai oublié le nom, mais que je n'oublierai pas de reprocher son non respect des procédures à l'approche, les accompagnait.
L'escorte se composait de 4 FW 190 A8, les seuls chasseurs de sortie aujourd'hui. Je leade la formation, avec l'Unteroffizier Hornisse, et pour le deuxième rotte, le Lt. Crow et son ailier, le Fw. Blutch.
Le décollage se passe tranquilement, hormi le problème de l'Oberst. Nous nous regroupons tant bien que mal, et nous dirigeons au 150. J'aperçois de la DCA dans nos 6 heures, et de la DCA sur nous. Un contact, deux queues... Un P38 ! Il s'attaque à nous sans gêne, alors que nous étions 2000m plus bas. J'ordonne au groupe de breaker, et je préviens que le numéro 3 ou 4 va être engagé... Une bonne communication du 2ème Rotte permet d'éliminer rapidement la menace, et nous nous regroupon à nouveau. Du reste, rien de tel pour semer la pagaille et perdre son groupe. Crow prend temporairement le lead pendant que je recherche tout le monde...
Pendant ce temps, les F8 sont partis se mettre en attente au large du Havre.
Une fois que les A8 se rejoingnent, enfin, que je rejoins les A8, je reprends le lead. Blutch deviens n°2 et Hornisse numéro 4.
Un appel pressant à la radio nous demande si nous avons visuel sur les F8. Je donne ma position, et informe les Jabo que nous ne les voyons pas. Recoupement d'info, et les F8 sont engagé au dessus de l'eau "quelque part" au large du Havre. Nous fonçons. Nous aperçevons des tirs... Cela se passe sous les nuages, et nous devons aller vite, car les Brits ne lâcheront pas nos ouailles... Les Spits et les Typhoon s'en donnent à coeur joie, mais Ed abat tout de même deux appareils, juste avant que la première Rotte plonge sous les nuages. Nous savons qu'il ne reste que des ennemis, car Ed, avant de sauté, nous a annoncé la destruction de son Schwarm. Le deuxième Schwarm reste au dessus, un peu à distance.
Un contact, deux, trois... 500km/h et je reconnais au loin la silhouette du gros radiateur du Typhoon... Je tire en trois quart avant, un peu au dessus. Les Mk108 le font éclater un peu... Je ne regarde même pas ce qu'il devient. Peu importe, je dois continuer de regarder partout... Et merde, Blutch est engagé. "Vire gauche ! Vire droite" j'arme mon tir, et là, Blutch annonce qu'il a encaissé. Me sachant seul contre 5, j'évacue la zone au radada, et demande au deuxième Rotte de me rejoindre sur le Havre.
Crow et Hornisse rencontre leur premiers contacts. Un premier, un Tempest se fait descendre par Hornisse alors qu'il essayait d'engager. J'engage un P47 que je rattrape et après quelques passe, je le détruis. Je sens derrière moi qqch me courir après... Un Spit me course pendant quelques minutes, mais comme je l'ai vu avant, je garde mes distance tout en essayant de me rapprocher du combat entre Hornisse, Crow et un P51 et un autre Spit. Je me signale en gueulant... On se retrouve et on construit notre combat. Crow abat un P47... Mais nous perd. Hornisse et moi sommes avec un P51... Corriace le bougre... Le Spit est tombé derrière moi, il percute ! Bon, tant mieux. Le P51 abîme le zinc d'Hornisse qui fait la chèvre.
Hornisse semble vouloir abandonner, au son de sa voix je devinne que tout va mal. Je le reveille en lui lançant "Bas toi, bordel !" Je suis très proche. Vire gauche ! puis... Vire droite ! Attention, break ! J'arrive à temps, le P51 dégage en me voyant, et Hornisse se fond dans le décors.
Nous ne sommes que trois 190 en radio en plus de Bornos, et j'essaye en vain d'indiquer à ce dernier 190 F8 qu'il faut qu'il se cole à notre cible. Rien y fait. Malgré mes appels pressants, malgré mes cris, le F8 ne répond pas et ne permet pas à la paire improvisée que nous formons, de profiter de notre avantage numérique. Le combat s'éternise. À plusieurs reprise, le P51 me passe devant, barriques, ciseaux, yoyos, toutes les manoeuvres atlétiques se succèdent à un rythme constant. Je sors mes volets pour me recaler... Mais il s'échappe encore et encore, le bougre. Parfois je tire de longues rafale pour le faire gigoter. Evidement, elles passent toutes à coté ! On voit que c'est un adversaire redoutable, car plusieurs fois, avec ces ciseaux, je repasse devant. En faisant attention à bien me placer un peu au dessus, je m'en suis sorti à chaque fois en barriquant, mais les 12,7 m'ont parfois frôlé les moustaches.
Cela n'en fini pas, et j'entends en radio que Crow est engage un Spit en duel. Les deux rencontres sont cocasses. Je me dis qu'un autre combat fait rage, quelque part, et qu'il faut que j'aille porter assistance à mon camarade, le Lt. Crow, car affronter un SpitMkIXe en duel avec nos Focke Wulf est loin d'être évident. Une seule erreur, et c'est la mort garantie. Pourtant, le Lieutenant annonce : "je l'ai eu !" Bien. "Alors vient vite, j'ai besoin d'aide !" dis-je précipitement. Je n'ai pas une grande idée d'où je suis, depuis le temps que nous avons commencé.
Après près de 15 minutes épuisantes, alors que Crow ne nous retrouve pas, j'ai enfin le P51 vraiment dans mon collimateur. J'ai plein de munition. Je tire une longue rafale, frénétiquement, comme si je voulais fermement mordre ma proie, sans qu'il y ai une seule chance de la laisser s'échapper... Mordre sans relâcher. Les obus de 20, de 30, supportés par les 13mm, crachent tout leur venin. Une aile s'arrache. À 100m du sol, le pilote n'a aucune chance. Le P51 kaki, avec ces belles bandes d'invasion noires et blanches, s'enfonce dans le décors, et participe au calme tragique de la scène.
Je respire. Hornisse se pose. Mais ce n'est pas terminé, et le Lt. Crow annonce qu'un P47 vient lui renifler le derrière. Hum... Le loup est un animal qui n'aime pas se faire lècher l'arrière train, et le Lt. se met en rage. Je cherche à tout prix à lui porter assistance,au cas où. Je ne le trouve pas, mais le P47, qui a compris qu'il ne s'en sortirait pas, rompt le combat.
La faim est trop forte, la chance trop belle. Le P47 qui prend un cap retour est poursuivit par les deux derniers loups valides de la meute. C'est une question de temps. Mais moi, je suis à l'aveugle. Je coupe le cap de l'ennemi sans le voir, à quelques kilomètre de là. Le P47 veut sans aucun doute atteindre Manston. Crow annonce que le P47 revient dans le combat.
Manoeuvrant habilement, Crow se place et détruit le bandit. Il en reste. Le flair nous guide, mais, malheureusement, ma lampe rouge s'allume. Celle de Crow ne va pas tarder à faire de même. Bornos est autour du terrain. La brume le recouvre, et nous n'avons aucune visibilité sur la piste. Nous passons tout de même au dessus, en patrouille, pour effectuer le traditionnel flip-flap de victoire. Au sol, les mécanos sortent quand même de leurs abris, l'alerte étant passée. Nous ne distinguons que faiblement leur silhouette. Ils comptent... "Un.. deux.. trois... Trois pour le Major !
Et .. un... deux.. trois... qu.. non, trois ! Trois pour le Leutnant !" S'écriera Hörst, le chef mécanicien de la base. Avec celle d'Hornisse, cela fait 7 pour les A8 ! Nous atterrissons. En quittant nos poste de pilotage, nous sommes bien accueillis, mais sans excès. Beaucoup ne sont pas rentrés.
Nous rassurons Müller, inquiet de ne pas avoir vu revenir son Hauptmann. "Il a sauté !" lui dit Crow. J'ajoute : "Il sera de retour pour le déjeuné, un Ar est déjà parti le chercher !". Blutch en a bien eu un. Ed en a eu deux. 10 victoires sûres, plus un Spitfire attribué à la Flack, 3 avions perdus et 2 pilotes KIA.
Une mission dont nous nous souviendrons longtemps, le départ, le combat, l'issue, l'arrivée. Merci à tous pour cette belle résistance.