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victoires au goût amer
   
    Anzio, Italy '44 preview, 14 decembre 2007    
   

Mai 44; les Anglo-Américains remontent le long de la péninsule italienne. Fini le bon temps de la domination sur l'Europe, où nous étions les conquérants. Le groupe de chasse I/JG300 est stationné au nord de l'Italie, et nous sommes basés à Lonate-Pozzolo, avec cette piste qui n'est qu'une simple route, tellement dangereuse que les accidents s'y multiplient. En tant qu'officier tactique des opérations en Italie pour la JG300, c'est à moi que revient la responsabilité de mener le schwarm de 109 qui doit couvrir nos 190 chargés d'intercepter les bombardiers US qui vont pilonner Naples, ou Gênes. Putain, je n'en mène pas large: le temps est dégueulasse, la crasse descend jusqu'à 500m, le ciel est bouché et les turbulences nous secouent commes des pruniers. Décoller d'ici ne va pas être une partie de plaisir.


Je l'avoue, j'ai la trouille; je demande à mon n°2, le Feldwebel Galland, de se décaler pour m'indiquer si la piste est claire, car j'ai peur, n'ayant pas d'avion devant moi pour me repérer, de ne pas me remettre dans l'axe de cette saleté de route si je fais pivoter mon G2, et me vautrer au décollage.

Galland m'annonce "piste claire"; OK les gars, on y va, serrez les fesses, bloquez vos roulettes de queue et gardez le cap 180 pour décoller, on ne voit pas cette putain de route au roulage.
Cà y est je suis en l'air, secoué comme dans un shaker, et impossible de monter à plus de 400m si je ne veux pas que les copains me perdent de vue pour le regroupement.

Galland, puis le fidèle Jo, un vieux de la vieille, un vétéran d'Espagne, me rejoignent. Spit, le nouveau, ne nous a pas vus; il continue droit devant lui, ratant le regroupement.
Le stress m'envahit. D'autant que les Focke-Wulf appellent à la radio, je dois jongler avec mes fréquences pour leur répondre et regrouper mes ouailles.

On fait cap 220 sur Gênes. Une fois au-dessus de la couche, on ne voit aucun repère au sol. Ah çà y est j'aperçois une plage dans une trouée. OK cap sur 180 puis 120, les 190 ont demandé un rendez-vous sur Naples. Spit n'est toujours pas avec nous, il cherche des repères, lui est resté sous la couche. Je surveille du coin de l'oeil les frères Dumkopf, 2 imbéciles qu'on m'a collés en n°5 et 6 et volent légèrement en avant de nous.


Enfin on arrive sur Naples. On cherche les 190. Pas de visuel. Soudain Galland crie: "contacts 6h! ils nous enroulent". Merde! j'ordonne gaz à fond, en légère montée pour profiter de notre vitesse ascensionnelle.
Frayeur inutile: ce sont les 190!

On orbite dans la baie de Naples, enfin je repère dans une trouée de nuages les navires au large d'Anzio qu'on est censé protéger. Mais on a d'autres chats à fouetter: les 190 réclament de l'aide. Ils ont engagés les B24 qui arrivent du sud et se font coiffer par des P38 d'escorte. Le Leutnant Edwald a déjà fini à la flotte, bientôt c'est le tour de Born. Putain mais où sont-ils? enfin c'est Galland qui les aperçoit: oui, 2 formations de bombardiers même altitude qui foncent vers le nord, dans nos 7h. Je fais virer le Schwarm, on cherche les bandits qui attaquent nos 190. On croise des 190 qui ne sont pas sur la même fréquence et ne répondent pas. Je vois des tirs, j'appelle: "ici vert leader, qui est engagé?" pas de réponse. Ce sont ces 2 crétins de la paire additionnelle de 109 qui sont engagés.


Soudain, une grosse silhouette surgit dans mes 5: un bimoteur, merde un P38! je fonce me mettre à l'abri d'un nuage en piqué; une fois dans le nuage, je vire sec à droite, presqu'en voile noir, pour qu'il me perde de vue. Cà marche: je ressors au-dessus de la couche, je suis clair.

Galland a percuté un B24 lui aussi en ressortant de la couche nuageuse: le voilà lui aussi au bout de son parachute au large de Naples. Jo n'est pas loin, il aperçoit le dernier des 2 B24 isolés qui trainent dans les parages. N'écoutant que son courage, alors que les consignes sont de ne pas attaquer ce genre de bestiau avec nos fragiles 109, il fonce dessus, lui lâche une rafale dans l'aile et annonce qu'il l'a abattu. Cà çà s'appelle en avoir...
La zone est infestée de contacts, des avions se cachent dans les nuages en-dessous, çà pue dans le coin. Mission difficile. J'appelle mes ailiers et demande un regroupement sur Naples, leur indiquant des repères au sol et des caps selon où ils se trouvent.
Soudain, alors que je suis remonté à presque 5000m au-dessus de la mélée, j'aperçois une formation de 4 contacts qui se dirigent vers Sperlonga au sud-ouest. Ce sont surement les Spits qui viennent d'attaquer la paire 5 et 6. Profitant de mon avantage d'altitude, je mets gaz à fond et plonge, ils sont en contrebas, en formation. Rapidement, je passe en dessous d'eux pour arriver dans leur angle mort. Au badin, 500, 650...je fonce sur le n°4, je suis en-dessous de lui, je commence à distinguer les radiateurs et les ailes tronquées d'un Spit MkVIII. Il ne peuvent pas me voir; je me rapproche du n°4, 400, 300, 200m...j'ouvre le feu. Une première rafale fait quelques impacts, tout de suite j'en ajuste une 2° avant qu'il ait le temps de réagir. Je vise sous le moteur...et soudain, le Spit explose!! J'annonce machinalement "Horrido" dans la radio et breake sec à droite en piquant, plongeant dans un nuage, me dirigeant sur Naples, notre point de regroupement. Je suis content de mon coup: je suis arrivé discrètement avec de la vitesse, me suis mis dans leur angle mort, ai frappé vite et fort pour disparaitre immédiatement avant que les Tommies s'aperçoivent de quoi que ce soit. Ils n'ont rien vu venir: leur n°4 a brutalement explosé, c'est tout...De mon côté, je vole aux instruments en plein dans la crasse pour ne pas me faire repérer. Après un moment, je remonte, sors des nuages: me voilà au-dessus de Naples. J'appelle Jo et Spit: "vous êtes là les gars?" "oui, verticale Naples, je te vois annonce Jo. Bats des ailes que je sois sûr que c'est toi". Je m'éxécute, il regroupe sur moi dans mes 5, présence rassurante pendant que Spit me confirme aussi survoler Naples.
J'appelle les 190: "votre statut Rouge leader?" "je suis seul, j'ai eu un P47 et un B24, je rentre" annonce le Hauptmann Tempest. La vache! encore 2 dans l'escarcelle de notre as qui avoisinne les 100 victoires aériennes. Mais il parle d'un ton un peu abattu, comment savourer le succès quand 3 copains sont dans la flotte à attendre la vedette de sauvetage? Il rentre sur Gênes, et j'ordonne le même cap à ma formation: pas question d'aller se vautrer en tentant de se poser sur cette route pourrie à Lonate-Pozzolo avec ce temps de chiottes et ces turbulences!
Nous regroupons à proximité de l'aérodrome de Gênes. La descente au travers la couche est dangereuse, je crains les collisions et m'éloigne vers l'est, laissant les gars descendre et se poser. Tempest est déjà au sol dans son 190. Enfin je me pose, on "taxie" nos zincs vers les batiments. 4 rescapés sur 8, pour 5 victoires aujourd'hui: victoire à la Pyrrhus; à ce rythme-là, alors que les renforts ennemis arrivent sans cesse, on n'aura plus d'avions ni de pilotes pour combattre. Cette guerre est perdue. Bientôt nous combattrons au-dessus de l'Allemagne, pour défendre nos vies et nos familles et ce qui reste encore du pays ravagé.

tiré du journal personnel de l'Oberfeldwebel Karl Tanzer

   
       
       
         
   
   
       
       
       
       
         
                 
             
     
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