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Breife vom Normandie
   
    Base aérienne de St Paul, le 7 octobre 2008    
   

Cher Oncle Ludwig Van,

Nous sommes, cousin Ed et moi même, en Normandie depuis quelques mois, et nous n'avons plus de nouvelles de Oncle Werner depuis au moins 3 ans. En avez-vous recu ? J'ai rasé ma moustache que Oncle G. (rien à voir avec le point) me reprochait tellement de porter ! Ah, s'il me voyait maintenant ! Beau comme un sou neuf ! Oncle T. quand à lui, n'hésite pas à nous donner de ses importantes nouvelles. Nous nous demandons bien pourquoi cet ex-camarade écrit toujours puisque le service postal de la Wehrmacht a décidé de couper les communications entre les unités experimentale et les unités de la Luftwaffe sur le front Ouest - nous ne saurions lui répondre ! Et puis, nous n'en avons ni le temps, ni l'envie, accaparés par les missions et les débriefings.

Ceci dit, la vie suis son cours. Cousin Ed s'est accaparer une Anglaise qu'il n'hésite pas à emmener loin sur les plages de la côte - mais comme le coin est plutôt mal famé, les baignades aux huiles essentielles ne durent jamais bien longtemps. Et oui, si son 88 fonctionne, les Bofors aussi !

La mission de la nuit dernière a été fructueuse, même si une fois de plus, nous avons bien faillit y passer, enfin, je veux dire, y passer sans ne rien voir ! Finalement, dans un premier engagement au dessus de Bayeux - du Limousin - nous avons Tabo (mon mitrailleur dans le magnifique équipage que nous formions) engagé un Beaufigther qui malgré son mitrailleur, a subi un lourd dommage dans l'aile droite qui présentait alors une fuite de carbu. Alors que nous allions le reprendre, Tabo a signalé un contact dans nos 6 heures. C'est évidement un bandit, et je pousse fort sur le manche - l'autre - afin de nous dégager et disparaitre à la faveur de la nuit.

Puis nous executons quelques patrouilles au dessus de la côte, puis près de Caen qui est récement tombé. Quelques pinceaux émergent du ciel, et nous sommes accrochés. Difficile de s'en déabarasser... Nous perdons 1000 précieux mètres en manoeuvres insensés pour nous défaire du pinceau qui fini par nous perdre. Ouf, car les lourdes alliées nous engageaient ! - pas le Roastbeef à la menthe de Ed qui par ailleurs, est ici en tournée avec le Philarmonique de Berlin !

Nous retournons vers St Lô où nous avions repéré un convoi allié. Nous détruisons 4 camions avant de remonter et de repérer un de nos projecteur éclairer quelques contacts qui patrouillent la zone à basse altitude.

Nous repérons un Beaufighter entrain de s'aligner sur notre trajectoire. Sans doute alerté par les DCA qui nous avaient engagé peu de temps auparavant. Il se détache bien sur les nuages, mais je le perds soudain. La clarté derrière moi me fait dire que nous sommes vraiment visibles, contrairement à lui. Je pique brutalement, afin de me positionner en dessous de lui, en espérant reprendre un cap vers les nuages, afin qu'il se dégage à nouveaux sur les laiteux nuages. Hum. Il est très près, et hésite. Je ne sais pas s'il nous vois. Je crois qu'il pense qu'il s'agit d'un allié, vu le nombre qu'il a été signalé au contrôle ce soir... Sommes toute, je l'engage, et je vois plusieurs bouts de métal se décrocher brutalement. Ses commandes sont visiblement endommagées, car il ne continue pas le combat malgré un virage défensif. Je l'abandonne car nous avons plusieurs autres contacts valides au dessus de Saint Lô. Je charge sur un Mossie dont je perce les deux ailes, et d'où se dégage de l'essence. Nous remontons, et comme nous pensons être clairs, nous replongeons sur le Mossie. Nous lui portons le coup de grâce, et il explose en une boule de feu, très impressionnante avec la nuit ! Pour autant, quelques secondes après, bang bang, notre aile gauche se décroche. Nous ejectons sains et saufs.

Cousin Edwald, de son coté, a essayé de rattraper ce Mossie, vylain, qui nous a abbatu Tabo et moi. Il lui rentrera quelques coups bien placé, comme il sait y faire avec les anglais. Hum.

Nous apprendrons que le Beaufighter dont j'avais déchiré une partie des commandes s'est écrasé à l'atterissage, ainsi que le Mossie qui m'a abbatu. Les pilotes seraient sains et saufs.

Une attaque de Mistel, une formidable invention, spéctaculaire, pilotés par Fg. Detlef sous le lead de l'Oberst Touch n'a pas réussie, mais ce n'était qu'un coup d'essai. La cible était des croiseurs au bord des côtes. Ils n'ont pas été touchés.

Cela fini d'ailleurs par un bon bain pour l'Oberst qui se souviendra des armes secretes ! Detlef quand à lui, a fait un très beau vol pour sa première sortie opérationnelle.

Si Hajo nous voyait...

Bien cher Oncle, cela porte à 20 mon total de victoires sur le front de Normandie, et j'en suis très fier, pour mes camarades et pour moi ! J'espère vraiment que je pourrais profiter de la vie après notre victoire ! Cousin Ed se moque de moi, parce que je suis encore célibataire ! Mais non ! J'ai mon Wulf !!!

Tout cela risque de bien se terminer. Tout. Depuis toujours, je relis ce poème de Rudyard, un vieux copain que la guerre a séparé de moi. Je te livre ici sa plus belle oeuvre, oeuvre qui rythme ma vie, autant que faire se peut, même ici, dans la réalité !

 

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you
But make allowance for their doubting too,
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:

If you can dream--and not make dreams your master,
If you can think--and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it all on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on!"

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings--nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much,
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And--which is more--you'll be a Man, my son !

 

J'aime surtout ce vers :

Or being lied about, don't deal in lies,

ou encore ceux-ci :

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you
,

ou encore ceux là :

If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,

If neither foes nor loving friends can hurt you

And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on!"

Il existe, cher Oncle, dans la famille, des gens qui auraient peut-être dû connaitre ce poème. Mais comme Rudyard le dit lui même :

And yet don't look too good, nor talk too wise.

 

Ces gens là ne sont plus mes amis.

À très bientôt, Oncle Ludwig Van. Cousin Ed et moi-même pensons bien à toi.

Les Brouettes et la Binette.

Ed & Tempest

 

PS : ci joint, quelque clichés pris dans cette fameuse mission...

   
       
       
         
   

   
       
       
       
       
         
                 
             
     
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